16 mai 2010

Anacharsis éditions Salon du livre de Paris 2010 Ma petite visite IV

Après les considérations générales sur le salon du livre dans la première partie de cette série d'articles dédiés à mes promenades au Salon du livre 2010 de Paris, voici ma  rencontre avec 
Anacharsis editions
Ou l'éditeur de l’étrange et du merveilleux, le passeur de temps.  
Cécile Roussel de Anacharsis éditions Salon du livre 2010 Paris
Créée par deux historiens de formation, Frantz Olivié et Charles-Henri Lavielle, cette jeune maison d’édition à déjà publié 36 titres depuis sa fondation en 2000 au rythme de 8 par an.  
Encore ici, de jeunes Toulousains en association. Là aussi, livres rares, inédits  ou épuisés mis à disposition de lecteurs curieux, dont notamment le choix de quelques auteurs de langue catalane et une remarquable traduction du grand roman de chevalerie valencien Tirant lo blanc en langue française moderne, un régal.Intéressants aussi leurs nombreux ouvrages traduits de l'italien.


Il se dégage de ces livres comme un parfum voluptueux, exotique et étrange, qui incite à se calfeutrer, à se pelotonner tout au fond d’un fauteuil, dans la paix et la solitude, pour mieux pénétrer dans ces univers des littératures du passé, savourer ces autres mondes, voyager par-delà mers et montagnes aux confins de l'Orient et des pays scandinaves, nous fondre dans ces romans gothiques, de chevalerie, et rejoindre, dans ces récits de vies aventurières et d’esprits hors du commun, la pensée d’autrefois. Une "maison d'édition-pont" entre passé et présent. Et je dois avouer qu'en parcourant leur catalogue presque tous leurs ouvrages m'on donné envie et réveillé mes vieilles passions éteintes, fautes de nouveaux choix, un peu comme lorsque il y a longtemps j'explorais systématiquement, entre autres, le catalogue José Corti, guidée par mes amis surréalistes à la recherche de ces perles qui vous fascinent et vous envoûtent. Anacharsis en serait pour moi le juste prolongement et cette citation son expression. 

“De même, sans vouloir confondre la vie limitée d'un genre littéraire avec l'aspiration intarissable qu'il a pu un moment réussir à canaliser, on peut se convaincre que le sentiment épique, longtemps banni en apparence de la littérature vivante, a en réalité par un réseau compliqué de défauts et de fissures, trouvé un chemin continu jusqu'à nous. Il ne s agit pas seulement du goût du merveilleux — goût en soi assez “littéraire” (on ne le voit aujourd'hui que trop) et dont Breton a souligné la pérennité–ni de “contes à récrire pour les grandes personnes, contes encore presque bleus”: il s'agit très précisément du surgissement intact dans la mentalité moderne des mêmes sentiments effervescents qui pouvaient mouvoir le héros épique d'autrefois et se révélaient capables de “transmettre le courant " aux auditeurs des anciens poèmes: le sentiment d'“être conduit”, le sens de la remise aux mains de forces surnaturelles (ou surréelles) et le sentiment débordant, vécu, de la miraculeuse possibilité.”
     Julien Gracq, 
André Breton, quelques aspects de l’écrivain, José Corti, 1947.



Je n'ai relevé ici, pour vous, que les hispaniques en pensant à ceux qui ne lisent pas dans la langue, j'espère qu'ils sauront vous séduire comme ils m'ont séduite.
Traduits du Valencien et du catalan  
  
Tirant Le Blanc de Joanot Martorell (Valencia) 30 € 
Miroir le livre des femmes de Jaume Roig (Valencia) 19 €
Dictionnaire à l'usage des oisifs de Joan fuster (valencia) 20 €
Tirant le Blanc (1490) de Joanot Martorell, est non seulement le chef-d’œuvre incontesté du Siècle d’or de la littérature catalane, mais encore une création romanesque capitale dans l’histoire de la littérature universelle. Cervantès le premier l’a qualifié de « meilleur livre du monde » et c’est Mario Vargas Llosa qui, dans trois essais réunis sous le titre deEn selle avec Tirant le Blanc (éd. Gallimard, 1996), en a magistralement révélé toute l’envergure ; Italo Calvino n’a pas manqué de lui consacrer quelques pages dans Pourquoi faut-il lire les classiques ?.
 
MIroir, le livre des femmes (1531) Maltraité par sa mère, floué par ses maîtresses au temps de son aventureuse jeunesse, trompé et trahis par ses épouses successives, un vieillard centenaire dispense ses conseils acerbes à la gent masculine...De ce roman à la fois picaresque et bourgeois composé en vers au XVe siècle, Marie-Noëlle Costa donne une traduction en prose où se mêlent dans une langue jouissive la cruauté de Sade et l’humanisme de Rabelais. Jaume Roig nous livre ici un roman polymorphe dans lequel autobiographie devient sermon, et où l’évocation du quotidien le plus trivial, digne de François Villon, précède un éloge de « l’unique femme ».
Jaume Roig i Perez (comienzos del siglo XV — Benimámet, 1478)
Médecin de renomée au sevice de la Reine Marie de Castille épouse d'Alfonse le Magnanime 
Dictionnaire à l'usage des oisifs (essai) de Joan Fuster  Ici l'auteur aborde indistinctement des sujets aussi variés que l’Amour, la Justice, la Lâcheté, la Lecture ou encore la Méditerranée, l’Uxoricide et le Sexe sans jamais s’inscrire dans une posture quelconque, mais avec une ironie subtile et une application sincère ancrée dans un souci fondamentalement éthique.
Chaque article qu’il propose à la sagacité du lecteur, dans une langue ciselée avec la précision d’un travail d’orfèvre, développe et ramasse à soi seul des considérations incisives d’une confondante pertinence.
En sorte que le Dictionnaire à l’usage des oisifs déploie, au-delà de la particularité des sujets abordés, une pensée pleinement cohérente, marquée au coin de de l’humanisme des Lumières et de la grande tradition sceptique. Car c’est avant tout à Michel de Montaigne et à ses Essais que l’on pense à la lecture de ce livre.
Joan Fuster est surtout connu comme figure tutélaire des Pays catalans, dont son ouvrage Nous autres Valenciens pourrait être dit le bréviaire. Déjà traduit en espagnol, en italien et en anglais c’est ici sa première traduction française.
   
Jacob Shalabin  écrit en catalan par un auteur anonyme (catalan) 13 €
Curial & Guelfe écrit en catalan par un auteur anonyme (catalan)  25 €
Les Almogavres, l'expédicion des catalans en Orient de Ramon Muntaner (catalan) 15 € 
Jacob Shalabin Un conte populaire ? Un roman d’amour ? Un roman historique ? Une fiction chevaleresque ? Un récit édifiant ? Ou encore un épisode adapté des Mille et une nuits ?
Reflet d'un monde véridique un authentique et savoureux roman d’aventures - avec cavalcades et intrigues amoureuses comiques ou dramatiques -, une fiction récréative, que l’on pourrait à bon droit qualifier de premier roman orientaliste. On se prend en effet à rêver, à la lecture de Jacob Shalabin, sur le parcours qui conduisit, du Golfe du Lyon à la mer Égée, son auteur à écrire cet étrange roman. 
"...Curial & Guelfe, roman féerique, crepusculaire d’un XVème siècle assoiffé de prouesses intempestives (...) De tournois en défis, de trahisons en intrigues, la quête de Curial le fait voyager en Italie et en Catalogne, en France bien entendu - qui demeure la patrie de la chevalerie - sans parler de l’inévitable naufrage sur les côtes de Tunis. Mais il est aussi d’autres périples, par le songe et par le savoir, et le roman prend tantôt des allures encyclopédiques, quand son auteur digresse sur le cours des astres, tantôt des couleurs mythologiques, lorsque Junon ou Neptune entrent en lice. "Le Monde des Livres, Patrick Boucheron 
Les Almogavres, l'expédicion des catalans en Orient chronique de Ramon Muntaner Un récit tout ensemble roman d’aventure et document exceptionnel. Considéré comme l’un des premiers écrivains de langue catalane, son œuvre inspira à Joanot Martorell le fameux roman de chevalerie Tirant le Blanc, qui trouva grâce, dans le Quichotte, aux yeux de Cervantès. Jamais traduit en français depuis le XIXe siècle, Les Almogavres nous emmènent au milieu de l’Égée secouée de violents soubresauts, et dessine une Méditerranée méconnue, celle où se préparaient lentement les grands élans des conquêtes et colonisations des siècles à venir.Ces bandes de mercenaires, se trouvant inemployées, s’exilèrent en Orient, sous la conduite d’un capitaine de renom, Roger de Flor, embauchées par l’empereur de Byzance pour combattre les Turcs. La Grande Compagnie de ces Almogavres, après avoir affronté les Turcs, se retourne bientôt contre l’empereur. 
Qui a jamais su qu’une bande de mercenaires fondèrent, au cœur du Moyen Âge, un improbable « duché catalan d’Athènes » ? Un témoin direct de cette invraisemblable équipée, Ramon Muntaner, en a pourtant consigné la mémoire dans une Chronique qu’il dédia, à la fin de sa vie, au roi d’Aragon.
La légende des soleils suivit de l'Histoire du Mexique par André Thevet (nahuatl, la langue des Aztèques) 13 €
La légende des soleils Cette légende fut écrite en nahuatl au milieu du XVIe siècle au Mexique, et donne à lire les récits de la naissance de l’univers et des dieux. Le mythe des origines du monde selon les Aztèques, issu du texte nahuatl (la langue des Aztèques)
L'histoire du Mexique par André Thevet Ce petit récit du milieu du XVIe siècle, a une histoire différente. Il s’agissait sans doute à l’origine d’un codex pictural aztèque retranscrit en nahuatl puis traduit en espagnol. Le manuscrit partit pour l’Espagne sur un navire bientôt arraisonné par les Français, et atterrit dans les affaires d’André Thevet, le cosmographe d’Henri III. Celui-ci fit un résumé du manuscrit, désormais perdu, qui retrace à son tour la naissance du monde puis la conquête de Mexico par les Aztèques et la fondation de leur empire.
André Thevet 1502-1590
Interessant article: L'histoire d'André Thevet
Les derniers conquistadores. La Non-conquête du Cambodge par Gabriel Quiroga de San Antonio (espagnol) 17 € 
Les derniers conquistadores. La Non-conquête du Cambodge Le récit d’un fiasco, d’une énorme déroute tellement grotesque qu’elle prête à rire – encore que telle n’était guère l’intention des fiers hidalgos qui se lancèrent, depuis les Philippines, dans l’aventure de la conquête du Cambodge dans les dernières années du xvie siècle.
Menées par une poignée d’aventuriers dans le rôle des « derniers conquistadores », les deux expéditions de la conquête du Cambodge seront massacrées, détournées par les tempêtes ou empêchées par des mutineries. Il ne restera plus comme souvenir cuisant de ces « événements du Cambodge » que la relation ici présentée du moine dominicain Gabriel Quiroga. il mêle en virtuose la description des mondes étranges de la mer de Chine peuplés de Malais, Chinois, Japonais, Hollandais, Portugais, tous plus ou moins pirates et commerçants, avec la relation de sa propre trajectoire d’Espagne vers l’Orient et retour ; en réalité tout simplement un tour du monde… Ce mémoire écrit à l’intention du roi d’Espagne et militant pour une nouvelle tentative, en élevant des catastrophes successives au firmament des exploits glorieux, constitue une remarquable mystification. Il peut aussi se lire comme un roman d’aventures picaresques en pays lointains. 
Gabriel Quiroga de San Antonio 
Frère Dominicain embarqué dans l'expédition 
En savoir plus sur Anacharsis editions 
Les écouter parler de leur passion dans cette entrevue audio avec leur bel accent du sud  
Vous pouvez acheter tous ces beaux textes dans diverses librairies et explorer leur catalogue d'oeuvres non hispaniques 
ICI 
(frais de port offertes en france métropolitaine dès 25 €) 
 
(Les descriptions des oeuvres sont des extraits du catalogue)
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